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04.10.04 Les victimes de l’amiante montent au créneau

Soumis par sur 4 octobre 2004 – 17:25 Un commentaire | 9 554 vue(s)

Paru le Lundi 04 Octobre 2004 dans Le Courrier
ALINE GUILLERMET

DÉBAT – Les victimes de l’amiante luttent pour être reconnues et indemnisées. La journée de rencontre organisée samedi à Genève a permis de récolter des témoignages venus de Suisse, de France et d’Italie.
«Le chemin vers la reconnaissance est un véritable parcours du combattant.» La phrase revient comme un leitmotiv sur les lèvres des victimes de l’amiante venues témoigner, samedi, à la Maison des associations de Genève, à l’occasion de la journée organisée par le Comité d’aide et d’orientation des victimes de l’amiante (Caova). Centrée sur le témoignage des victimes, des parents et des membres d’associations, la rencontre a mis en lumière les problèmes liés à la reconnaissance du mésothéliome, le cancer spécifique à l’amiante, et des autres maladies causées par cette substance minérale fibreuse. Interdite en Suisse depuis 1990, l’amiante cause environ deux cents morts par année à l’échelle nationale. «C’est un comble: c’est aux victimes d’apporter la preuve de leur exposition au cancérogène», s’insurge François Iselin, porte-parole du Caova. D’autant que la démarche s’avère compliquée: les malades se heurtent tant au refus des assurances de reconnaître leur exposition à l’amiante qu’à la résistance des pouvoirs publics et des entreprises –entre-temps fermées ou reconverties– à assumer leur responsabilité.
Si, en Suisse, la reconnaissance est difficile à obtenir pour les nationaux, elle devient un problème kafkaïen pour les travailleurs immigrés de retour chez eux. «Les immigrés italiens ne sont pas pris en charge par l’assurance-maladie italienne parce qu’ils travaillaient en Suisse au moment de leur exposition», explique Fulvio Aurora, responsable de l’Association des exposés à l’amiante (AEA, Milan). Parallèlement, ils ont beaucoup de peine à être pris en charge par la SUVA (caisse nationale suisse d’assurance), car il leur est difficile de rassembler des preuves plusieurs dizaine d’années plus tard. A cela s’ajoute l’ignorance: nombre de migrants n’ont jamais été informés des risques encourus, et, à moins d’être atteints d’un mésothéliome, ne cherchent pas l’origine de leur maladie du côté de l’amiante.
Et pour cause: «De nombreuses formes de cancer provoquées par l’amiante ne sont pas reconnues comme telles, souligne le Dr Marco Bottazzi, responsable des réparations liées aux maladies professionnelles à la Confédération générale du travail italienne. Il est donc nécessaire de recenser systématiquement toutes les maladies provoquées par l’amiante.»

FARINE D’AMIANTE

Pour les victimes indirectes de l’amiante, le chemin vers la reconnaissance est encore plus semé d’obstacles. D’autant que les entreprises qui utilisaient ce minerai ont largement contribué à sa propagation hors des fabriques. Le Français Gérard Voide, dont le beau-frère est décédé d’un mésothéliome en 1996, a découvert qu’une ancienne usine d’amiante se trouvait au centre d’Aulnay-sous-Bois, sa commune de résidence en banlieue parisienne et celle de son parent défunt. Il témoigne: «Les ouvriers y produisaient de la farine d’amiante. Ils broyaient le minerai dans des conditions moyenâgeuses: il y avait de la poussière d’amiante partout, et on en retrouvait dans toutes les maisons alentours.» M.Voide a rassemblé autour de lui une centaine de personnes de son quartier, dont cinquante souffrant de maladies provoquées par l’exposition indirecte à l’amiante. Il souligne les difficultés à récolter ces informations: «Les autorités nous mettent sans cesse des bâtons dans les roues. Mais nous irons jusqu’au bout.» Le désamiantage du site, évalué à 2 millions d’euros (environ 3millions de francs suisses), reste pour le moment en suspens.
Mais, peu à peu, les choses bougent. En Italie, le Ministère de l’environnement vient d’approuver un projet de dépollution de la région de Casale Monferrato, site de la fabrique Eternit jusqu’en 1986, concernant une cinquantaine de villages. Une victoire qui fait suite à une longue bataille légale entre les anciens employés d’Eternit et l’entreprise, finalement reconnue responsable des centaines de victimes de l’amiante dans la région et condamnée par la Cour suprême en 2000.

LIVRET INDISPENSABLE

La dépollution des sites contaminés est indispensable pour la santé publique, mais pose le problème de la sécurité des travailleurs venus effectuer l’opération. Deux travailleurs exposés lors du déflocage sauvage du Collège d’Entre-Bois à Lausanne en 2003 ont rappelé que la désinformation et l’exploitation sont encore de mise aujourd’hui. «On ne nous a pas dit qu’il y avait de l’amiante, rapporte Jaime Pereira. Et nous attendons toujours un document attestant de notre exposition, pour la faire valoir plus tard…» Pour cette raison, les associations de défense des victimes de l’amiante demandent que tout travailleur reçoive d’office un livret spécifiant chaque exposition à des substances dangereuses. Un document qui devrait épargner aux victimes de passer les dernières années de leur vie à récolter des preuves.


article

«Les gens naissent et grandissent dans l’amiante»

ALINE GUILLERMET

La pionnière s’appelait Nancy Tait. Cette veuve d’une victime de l’amiante a été la première, dans les années septante en Grande Bretagne, à fonder une association pour la prévention des maladies liées à l’amiante. Depuis, nombre d’associations lui ont emboîté le pas en Europe et dans le monde. Dès le début des années nonante, les groupes isolés ont fait place à un réseau international: unis sous le nom Ban Asbestos (interdire l’amiante), des associations du monde entier collaborent et luttent pour que l’amiante soit interdit à l’échelle planétaire. Le point sur la situation mondiale et les résistances avec Laurie Kazan-Allen, intervenante lors de la journée consacrée, samedi, à Genève, aux victimes de l’amiante (lire ci-dessus) et coordinatrice du Secrétariat international de Ban Asbestos.

Le Courrier: Début septembre, l’entreprise Eternit Brésil a été condamnée à indemniser ses salariés malades de l’amiante à la suite d’une action en justice du Ministère public de São Paulo. Considérez-vous cela comme une avancée majeure?
Laurie Kazan-Allen: Ce qui est très important dans ce cas-là, c’est que l’action en justice a été lancée par le procureur général. Non seulement c’était le seul moyen pour les salariés au Brésil d’obtenir réparation, car ils n’auraient pas eu l’argent pour payer des avocats, mais cela montre également que quelqu’un de l’establishment est de leur côté.

Comment est-il possible que l’amiante n’ait pas été inclus dans la liste des substances dangereuses lors de la Convention de Rotterdam fin septembre?
– L’année dernière, c’est le Canada qui a mené le jeu, bloquant l’inscription de l’amiante. Cette année, la Russie s’est mise en avant, suivie de l’Ukraine, puis seulement du Canada. C’était un mouvement tout à fait planifié: si le Canada s’était à nouveau lancé, cela aurait fait mauvaise impression. La liste des produits dangereux impose aux pays producteurs d’informer les importateurs des dangers liés aux substances échangées. Or le Canada est un gros producteur et exportateur d’amiante, qui dépense beaucoup d’argent pour envoyer des gens au Mexique ou en Afrique en vanter les vertus. Il ne voulait évidemment pas que l’amiante figure sur la liste.

Comment le Canada peut-il avoir une telle politique vis-à-vis de l’amiante sans que personne ne réagisse dans le pays? Est-ce parce que la quasi-totalité de la production est exportée vers les pays en voie de développement?
– Même si plus de 95% de l’amiante canadien est exporté vers les pays en voie de développement, il est produit au Québec, et dans ces régions minières, beaucoup de gens sont atteints de maladies. Mais ils sont maintenus dans l’ignorance. A Thetford (où se trouve une mine d’amiante, ndlr), les maisons sont entourées de collines où l’amiante se mêle aux déchets. Cependant, les choses bougent: récemment, l’Association des victimes de l’amiante au Québec a donné une conférence de presse à Montréal. Les gens se mobilisent. Mais le lobby de l’amiante est extrêmement puissant, et c’est lui qui orchestre le tout au niveau mondial. C’est le Gouvernement canadien qui a tenté de provoquer le renvoi de l’inspecteure du travail brésilienne Fernanda Giannasi (coordinatrice du réseau anti-amiante pour l’Amérique Latine, ndlr) en écrivant au ministre du Travail brésilien une lettre de calomnies à son sujet.

Quelle est la position des Etats-Unis?
– Elle n’est pas très claire. L’amiante n’est pas vraiment interdit aux Etats-Unis, mais il y est très peu utilisé. En fait, ce pays évite de faire des vagues, car beaucoup de ses entreprises ont fait faillite à la suite des procès que leur ont intentés des travailleurs victimes de l’amiante.

Qu’en est-il dans les pays en développement?
– Il n’y a absolument aucun contrôle et les gens manipulent l’amiante sans protection. Ils vivent dans des maisons en amiante. Ils naissent et grandissent dans l’amiante. Une de nos collègues médecin en Egypte a dépisté un cas de mésothéliome (cancer spécifique à l’amiante, ndlr) chez un jeune de vingt ans, ce qui démontre que les gens sont contaminés dès la naissance (la maladie se déclare vingt à trente ans après l’exposition à l’amiante, ndlr). Propos recueillis par AGt

Un commentaire »

  • tomei dit :

    —– Travailler tue en toute impunité : pour combien de temps encore ?

    Pour une stèle à la mémoire des 1400 mineurs de la mine d’amiante de Canari. HAUTE-CORSE FRANCE

    le site de Canari (Haute-Corse), a été exploité pendant vingt-quatre ans par la Société des mines d’amiante (SMA), avant de fermer ses portes en 1965. Quarante ans après sa fermeture, l’usine d’amiante n’a jamais été réhabilitée. 150 000 mètres cubes de déchets amiantifères recouvrent toujours une surface de 50 hectares, à flanc de montagne, & on continue de constater un taux d’amiante anormalement élevé dans 132 communes des alentours de Canari.

     » Les ouvriers travaillaient sans masque, ils avaient le nez bouché par la poussière d’amiante qui obstruait leurs narines comme du ciment (…). Ceux qui étaient atteints de mésothéliome – une tumeur de la plèvre – mouraient de suffocation dans d’atroces souffrances.

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