04.10.04 Les victimes de l’amiante montent au créneau
|
Paru le Lundi 04 Octobre 2004 dans Le Courrier
DÉBAT - Les victimes de l’amiante luttent pour être reconnues et indemnisées. La journée de rencontre organisée samedi à Genève a permis de récolter des témoignages venus de Suisse, de France et d’Italie. FARINE D’AMIANTE Pour les victimes indirectes de l’amiante, le chemin vers la reconnaissance est encore plus semé d’obstacles. D’autant que les entreprises qui utilisaient ce minerai ont largement contribué à sa propagation hors des fabriques. Le Français Gérard Voide, dont le beau-frère est décédé d’un mésothéliome en 1996, a découvert qu’une ancienne usine d’amiante se trouvait au centre d’Aulnay-sous-Bois, sa commune de résidence en banlieue parisienne et celle de son parent défunt. Il témoigne: «Les ouvriers y produisaient de la farine d’amiante. Ils broyaient le minerai dans des conditions moyenâgeuses: il y avait de la poussière d’amiante partout, et on en retrouvait dans toutes les maisons alentours.» M.Voide a rassemblé autour de lui une centaine de personnes de son quartier, dont cinquante souffrant de maladies provoquées par l’exposition indirecte à l’amiante. Il souligne les difficultés à récolter ces informations: «Les autorités nous mettent sans cesse des bâtons dans les roues. Mais nous irons jusqu’au bout.» Le désamiantage du site, évalué à 2 millions d’euros (environ 3millions de francs suisses), reste pour le moment en suspens. LIVRET INDISPENSABLE La dépollution des sites contaminés est indispensable pour la santé publique, mais pose le problème de la sécurité des travailleurs venus effectuer l’opération. Deux travailleurs exposés lors du déflocage sauvage du Collège d’Entre-Bois à Lausanne en 2003 ont rappelé que la désinformation et l’exploitation sont encore de mise aujourd’hui. «On ne nous a pas dit qu’il y avait de l’amiante, rapporte Jaime Pereira. Et nous attendons toujours un document attestant de notre exposition, pour la faire valoir plus tard…» Pour cette raison, les associations de défense des victimes de l’amiante demandent que tout travailleur reçoive d’office un livret spécifiant chaque exposition à des substances dangereuses. Un document qui devrait épargner aux victimes de passer les dernières années de leur vie à récolter des preuves. article
«Les gens naissent et grandissent dans l’amiante»La pionnière s’appelait Nancy Tait. Cette veuve d’une victime de l’amiante a été la première, dans les années septante en Grande Bretagne, à fonder une association pour la prévention des maladies liées à l’amiante. Depuis, nombre d’associations lui ont emboîté le pas en Europe et dans le monde. Dès le début des années nonante, les groupes isolés ont fait place à un réseau international: unis sous le nom Ban Asbestos (interdire l’amiante), des associations du monde entier collaborent et luttent pour que l’amiante soit interdit à l’échelle planétaire. Le point sur la situation mondiale et les résistances avec Laurie Kazan-Allen, intervenante lors de la journée consacrée, samedi, à Genève, aux victimes de l’amiante (lire ci-dessus) et coordinatrice du Secrétariat international de Ban Asbestos. Le Courrier: Début septembre, l’entreprise Eternit Brésil a été condamnée à indemniser ses salariés malades de l’amiante à la suite d’une action en justice du Ministère public de São Paulo. Considérez-vous cela comme une avancée majeure? Comment est-il possible que l’amiante n’ait pas été inclus dans la liste des substances dangereuses lors de la Convention de Rotterdam fin septembre? Comment le Canada peut-il avoir une telle politique vis-à-vis de l’amiante sans que personne ne réagisse dans le pays? Est-ce parce que la quasi-totalité de la production est exportée vers les pays en voie de développement? Quelle est la position des Etats-Unis? Qu’en est-il dans les pays en développement? |

—– Travailler tue en toute impunité : pour combien de temps encore ?
Pour une stèle à la mémoire des 1400 mineurs de la mine d’amiante de Canari. HAUTE-CORSE FRANCE
le site de Canari (Haute-Corse), a été exploité pendant vingt-quatre ans par la Société des mines d’amiante (SMA), avant de fermer ses portes en 1965. Quarante ans après sa fermeture, l’usine d’amiante n’a jamais été réhabilitée. 150 000 mètres cubes de déchets amiantifères recouvrent toujours une surface de 50 hectares, à flanc de montagne, & on continue de constater un taux d’amiante anormalement élevé dans 132 communes des alentours de Canari.
” Les ouvriers travaillaient sans masque, ils avaient le nez bouché par la poussière d’amiante qui obstruait leurs narines comme du ciment (…). Ceux qui étaient atteints de mésothéliome - une tumeur de la plèvre - mouraient de suffocation dans d’atroces souffrances.
Réagir à l'article: